Retraite: la double peine des réformes de 2003 et de 2010

Un décret le confirmera dans les prochains jours : la génération née en 1955 devra cotiser 41 ans et demi pour toucher une pension sans décote.

L’UNSA dénonce la dureté d’un système combinant hausse de la durée de cotisation et report de l’âge légal. Le gouvernement se défend. Les assurés nés en 1955 cotiseront bien un trimestre de plus que ceux de 1954. Le nombre d’annuités nécessaire pour toucher une pension à taux plein (sans décote) passera à 41 ans et demi pour cette génération qui prendra sa retraite en 2016 ou 2017. Un décret en ce sens a été publié.

« C’est l’application de la loi de 2003 », a expliqué le ministre du Travail, Xavier Bertrand. Cette confirmation n’a fait que raviver la polémique. Car cette hausse de la durée de cotisation, conséquence de la réforme de 2003, se combine au relèvement progressif de l’âge légal d’ouverture des droits à 62 ans, résultat de la réforme de 2010.

Pour l’UNSA, cette « double peine » aboutit à « l’un des systèmes les plus durs d’Europe ».

« Les pays de l’OCDE ont privilégié le recul de l’âge légal. Ils ont peu utilisé le levier de la durée de cotisation. En France, on a fait les deux. La réforme de 2003, qui était déjà sévère, a été durcie par celle de 2010 », tranche le Conseil d’orientation des retraites. Pour d’autre, c’est un coup de canif dans la réforme de 2003. « Il était convenu qu’on relevait la durée de cotisation mais qu’on ne toucherait pas à l’âge légal ». Comparaisons délicates Xavier Bertrand réfute ces arguments. « En Allemagne, c’est 67 ans (pour l’âge légal) et 45 ans (pour la durée de cotisation) », a rappelé le ministre hier. Sauf que dans tous les autres pays (excepté l’Allemagne), la durée est inférieure à celle de la France. Et en Allemagne, la décote est beaucoup moins pénalisante. Autre argument avancé par l’exécutif, le système français est généreux pour les plus précaires. « Il suffit d’avoir travaillé cinq semaines au SMIC pour valider un trimestre, et on tient compte des périodes de chômage, de maladie », rappelle-t-on au sein du gouvernement.

Des comparaisons internationales délicates

Les systèmes étant très différents, les comparaisons s’avèrent difficiles. Ainsi la réforme votée au Royaume-Uni combine-t-elle l’un des âges les plus élevés – 68 ans -avec une durée de cotisation très courte – 30 annuités.

Qui sera touché par le relèvement de la durée de cotisation ?

Les assurés nés en 1955 ne verront pas la différence. Comme ils seront obligés d’attendre 61 ans et 8 mois avant de liquider leurs droits -c’est le nouvel âge légal qui s’appliquera à leur génération -et que la plupart d’entre eux ont commencé à travailler avant 20 ans, au début des années 1970, ils auront cotisé plus de 41 ans et demi au moment de leur départ.

Finalement, les plus pénalisés seront les carrières incomplètes et les carrières longues. La loi prévoit en effet un départ anticipé pour les assurés qui ont commencé à cotiser avant 18 ans. Ils peuvent partir avant l’âge légal à condition d’avoir cotisé deux ans de plus que les autres. Ceux qui sont nés en 1955 devront donc totaliser 43 annuités et demie pour bénéficier du dispositif.

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