Luc Bérille: “La répartition des efforts budgétaires nous paraît encore trop déséquilibrée.”

31 août 2011 Luc Bérille, secrétaire général de l’Unsa, commente les mesures du plan anti-déficit du gouvernement.

Hedwige Chevrillon : Vous avez été reçu mardi par le Premier ministre François Fillon dans le cadre de ses rencontres bilatérales avec les syndicats. Etes-vous inquiez de cette rentrée sociale ?

Luc Bérille : Ce serait difficile de ne pas l’être lorsqu’on voit la dégradation qui s’est produite sur le plan de l’activité économique et sur le plan du chômage notamment au mois d’août. Cela fait partie des sujets que j’ai abordés avec le Premier ministre.

Nous avons beaucoup d’inquiétudes en particulier sur l’accroissement du chômage. Par ailleurs, la croissance a été nulle au deuxième trimestre. Nous avons donc réagi à l’aune de ces inquiétudes aux annonces de François Fillon concernant son plan de désendettement.

Diriez-vous comme Bernard Thibault que l’on s’apprête à entrer en récession ?

Ce n’est pas mon pronostic. Nous ne sommes pas dans la situation de 2008-2009, et il faut s’en réjouir. Cela étant une croissance très faible se dessine, le Premier ministre lui-même a abaissé ses perspectives. En matière de création d’emploi, on n’a pas recréé les emplois détruits pendant la crise, et le chômage augmente pour le 3ème mois consécutif. (…)

Pour certains, le plan de François Fillon ne comporte pas d’austérité. Pour vous, ces mesures vont-elles trop loin ?

On n’a pas le choix, on doit prendre des mesures d’économie, notamment à cause de l’augmentation mécanique de la dette qui a eu lieu au mois d’août. Y compris du point de vue des salariés, ces mesures sont indispensables. Reste qu’il faut de l’équité et de la justice. Or la répartition des efforts nous paraît encore trop déséquilibrée.

C’est la taxe sur les hauts revenus qui vous paraît “déséquilibrée” ?

On annonce un taxe sur les hauts revenus : c’est bien, parce qu’il faut en effet que tout le monde participe. Mais nous aurions préféré une mesure plus pérenne, telle que la création d’une tranche supplémentaire d’impôt sur le revenu. Cela aurait montré qu’on renoue avec la progressivité qui doit caractériser cet impôt.

Quelles autres mesures vous inquiètent ?

Dans ce contexte d’augmentation du chômage pour le troisième mois consécutif, nous craignons les mesures susceptibles d’agir contre l’emploi. Je pense notamment à ce qu’il reste de la loi TEPA sur les heures supplémentaires.

Nous souhaitions depuis le début que l’exonération de charges sur les heures supplémentaires soit annulée. Le gouvernement a fait le choix inverse, essentiellement pour des raisons d’ordre politique. Nous sommes très inquiets de voir que l’Etat continue de soutenir des mesures qui vont plutôt à l’inverse de la création d’emploi.

Mais l’avantage fiscal sera diminué…

L’exonération de charges sur les bas salaires sera effectivement diminuée. Nous ne sommes pas du tout opposés à ces mécanismes de soutien aux bas salaires. Mais en plus de la moindre taxation des heures supplémentaires et de leur défiscalisation d’un côté, il y a l’exonération de charges. Même du point de vue économique, nous ne sommes pas sûrs que ce soit le bon choix.

Dans la situation dans laquelle nous nous trouvons, il faut soutenir les PME, qui sont en grandes difficultés avec le ralentissement de l’activité économique. Est-ce que les mesures du gouvernement avantage les PME ? La question se pose.    (…)

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